Entre la loi de 1905 contre les fraudes qui introduit la délimitation des régions
à appellation d’origine et la reconnaissance de l’AOC Corbières-Boutenac en 2005, un siècle a passé. Pourtant, dès 1908, ce terroir des Basses Corbières était identifié

Beaucoup l’ont oublié : en délimitant les appellations Corbières, Blanquette de Limoux et Minervois dès 1908, le département de l’Aude figure parmi les pionniers au niveau national. Dans le contexte de la grande crise viticole du début du XXe siècle qui a suivi la reconstitution du vignoble après le désastre du phylloxéra, la création du premier syndicat des Corbières et la première délimitation de l’appellation en 1908 font figure d’épiphénomènes. C’est pourtant bien afin de lutter contre la crise, que les parlementaires votent la loi du 1er août 1905.

Tallavignes, l’homme clé

Le but de cette loi est la répression des fraudes et l’un des moyens d’y parvenir est de délimiter par voie administrative les régions de production d’appellations d’origine. Quatre régions sont visées nommément : Bordeaux, Champagne, Cognac et Armagnac.
Mais, en septembre 1907, le ministre de l’agriculture Joseph Ruau signe un décret donnant la possibilité aux collectivités territoriales de demander la délimitation d’appellations régionales dans leur territoire.
Dans un Midi très rudement éprouvé par la crise et une série de manifestations de masse - dont celle de Narbonne en juin 1907, réprimée dans le sang par l’armée -, cette disposition pouvait paraître dérisoire. Pourtant, dès le 8 novembre suivant, à l’initiative d’Eugène Mailhac, représentant du canton de Durban-Corbières, le conseil général de l’Aude vote un vœu, adressé au ministre, en vue d’obtenir la délimitation des Corbières, mais aussi de la Blanquette de Limoux et du Minervois.
Les propriétaires voient dans la délimitation de l’appellation un moyen de se distinguer des vins de plaine à hauts rendements et de contrer le commerce qui a « démesurément étendu le nom de Corbières d’une façon toute illégitime ».
Eugène Mailhac est conseillé par Charles Tallavignes. Ce dernier, propriétaire à Saint-Jean-de-Barrou, est inspecteur général de l’Agriculture au ministère. Bien placé pour connaître le décret signé par Joseph Ruau, il joue les éminences grises dans l’Aude, s’appuyant sur d’autres propriétaires éclairés. Ainsi, notamment, Gaston Bonnes, propriétaire du château Gléon à Vilesèque, qui prend la présidence du premier syndicat des Corbières viticoles, créé à Narbonne le 9 janvier 1908. Dans la foulée, quarante conseils municipaux, dont celui de Boutenac, envoient également au ministre en mars 1908 une demande de délimitation signée par les vignerons de chaque commune afin d’appuyer les vœux du conseil général et du syndicat.
Le sentiment d’urgence est tel que les Audois n’attendent pas la réponse du ministre. Ils créent leurs propres commissions de délimitation, dont celle des Corbières qui se réunit dès avril 1908 et fixe des limites strictes à l’appellation, excluant les plaines alluvionnaires du Lézignanais, les communes autour de Narbonne et le val de Dagne, au-dessus de Lagrasse.
Cinq zones sont alors clairement identifiées. Parmi elles, les Basses Corbières qui rassemblent les vignobles situés entre le mont Saint-Victor, Camplong et Boutenac et constituent l’ébauche de l’AOC Corbières-Boutenac.

Le Pinada, limite Nord

Dans la délimitation des Corbières qu’approuve le conseil général de l’Aude le 27 août 1909, la chaîne de schistes qui va de Cascastel à Saint-Jean-de-Barrou est décrite comme l’axe central de l’appellation.
Puis viennent les terrains du Lias et du Trias qui l’environnent. Plus au Nord enfin sont signalés « les psammites, grès et poudingues » qui forment « les derniers contreforts de la montagne qui viennent se perdre dans les plaines de l’Orbieu et de l’Aussou. C’est à la base de ces dernières côtes que les considérations géologiques et topographiques permettent de mettre une frontière à la région des Corbières viticoles ». En clair, les collines de Boutenac, autrement dit le massif du Pinada, marquent la limite septentrionale de l’appellation.
Cette première délimitation des Corbières ne sera jamais officialisée par Paris. Charles Tallavignes, fauché par la maladie en mars 1909, n’est plus là pour l’appuyer au ministère. Surtout, en ce début de XXe siècle, le concept d’appellation d’origine est loin d’avoir conquis les esprits. Et face aux contestations violentes que soulève la délimitation de Champagne, l’Etat finit même par renoncer au principe des délimitations par voie administrative. A partir de 1911, le Catalan Jules Pams, nouveau ministre de l’Agriculture, prépare un projet de loi destiné à confier les délimitations aux… tribunaux.

Le boom de l’entre- deux-guerres

Ce n’est qu’après guerre, en 1919, qu’une loi inspirée de ses travaux, sera adoptée. Pour les Corbières, le député-maire de Lézignan, Léon Castel, va se charger de sa mise en pratique. Elu radical, créateur de la première coopérative de l’Aude à Lézignan en 1909, Castel est également propriétaire et négociant. Il prend les choses en main. Il recrée le syndicat des Corbières en 1923 et s’empresse d’obtenir une délimitation judiciaire par les tribunaux de Narbonne et Carcassonne en août 1923.
Celle-ci est bien plus large que la délimitation élitiste de 1908, puisqu’elle englobe notamment les plaines alluvionnaires, ce qui arrange le négoce et satisfait les coopératives qui fleurissent dans les villages dans l’entre-deux-guerres. Un signe ne trompe pas : les volumes déclarés en Corbières vont tripler en dix ans, passant de 800000 hl en 1923 à plus de 2 millions en 1935.
Si elle est localement populaire, cette vision extensive du concept d’appellation s’oppose aux nouvelles exigences du décret-loi du 30 juillet 1935 qui crée les appellations d’origine contrôlée. Lors d’une réunion houleuse à Paris le 6 décembre 1936, les dirigeants du syndicat des Corbières refusent de céder à la demande du Comité national des appellations d’origine d’une redélimitation de l’aire d’appellation et d’une caractérisation plus précise des vins. C’est ainsi que les Corbières laissent passer le train de l’AOC.
Mais pas toutes les Corbières : autour de Tuchan et Fitou, les vignerons de neuf communes décident de faire bande à part et demandent la reconnaissance en AOC dès 1937. Elle interviendra en deux temps : avant-guerre pour les vins doux naturels, en 1948 pour les vins secs en AOC Fitou. Pour les autres terroirs des Corbières en revanche, il faudra attendre près de 50 ans. Mais la reconnaissance de l’AOC Corbières en 1985 laisse toutefois en suspens le problème de la définition d’un corbières de niveau supérieur.

En 2005 Boutenac sort du lot

Un nouveau combat s’engage. Dès 1989, plutôt que de fixer des règles plus strictes sur des aires restreintes, le syndicat suggère simplement à l’Inao de découper toute l’appellation en onze sous-régions. Mais, en 1993, après deux visites dans le vignoble, la commission d’enquête de l’Inao considère qu’il n’existe pas onze profils de vins différents. Seuls, selon elle, « les produits issus du terroir de Boutenac présentent une qualité globale qui les différencie nettement des autres secteurs ».
Pour Boutenac, la porte est ouverte. Enfin presque. Sept ans passent encore avant qu’une autre commission confirme l’existence d’ « un terroir viticole homogène avec un groupe d’hommes unis derrière un même projet ainsi que la mise en place d’outils de production performants et la présence d’un vin de terroir, typique et de qualité ». Après quoi, il faudra attendre encore qu’une commission d’experts présente en 2004 un projet de délimitation.
Dans leur rapport, ces experts indiquent qu’ils se sont fondés sur des critères géo-pédologiques, « déterminés à partir du cœur du terroir de Boutenac, situé sur la mollasse miocène, au sol profond mais non fertile, caillouteux et bien drainé ».
Ce faisant, et c’est assez rare pour être souligné, ils ne font que confirmer la délimitation effectuée par les producteurs eux-mêmes avec l’appui de Jean-Claude Jacquinet, agronome de la Chambre d’agriculture de l’Aude. « L’idée était de ne sélectionner que les parcelles susceptibles de produire des vins haut de gamme, se souvient un vigneron. C’était très clair dans la tête de tous les membres de l’association présidée par Gérard Bertrand qui avait très bien compris l’importance de créer des appellations locomotives en Languedoc ».
De fait, seulement un quart des surfaces classées en AOC Corbières dans ce territoire a été retenu dans la délimitation officielle du Corbières-Boutenac en 2005.
Au final, ce sont 2668 ha qui ont été classés sur dix communes. Là-dessus, aujourd’hui, à peine un millier est planté en vigne et finalement 200 hectares revendiqués en AOC Corbières-Boutenac. A Boutenac, exigence rime avec patience.




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