SOUS LE SIGNE DES CISTES

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Depuis le XVIIIe siècle, les botanistes aiment herboriser sur les sols de grès des bois de Boutenac, très riches en cistes. L’enchantement printanier qu’offre leur floraison est l’une des “marques du cru”

Le ciste crispé, aux fleurs d’un rose éclatant, très présent dans le Pinada. A gauche, une illustration d’Enrico Cangini, du groupe botanique de la SESA.
Le ciste crispé, aux fleurs d’un rose éclatant, très présent dans le Pinada.
A gauche, une illustration d’Enrico Cangini, du groupe botanique de la SESA.

C’est l’humble adage d’Achille Laffage qui nous a mis la puce à l’oreille. “Là où poussent les mouchos, la vigne pousse bien”, avait décrété ce professeur d’économie rurale carcassonnais alors que le vignoble audois se remettait péniblement, en 1895, de la crise phylloxérique. En occitan, moucho désigne le ciste...

Pour qui s’aventure en mai-juin sur les rondes collines du Pinada, “montagne sacrée” du cru Boutenac, une chose est de s’émerveiller de la floraison des cistes, une autre est de faire spontanément le lien avec le vin. A moins d’avoir l’âme poétique et de jouer sur le taffetas des pétales de fleurs ou l’odeur pénétrante des buissons du ciste de Montpellier, pour tenter quelques métaphores lyriques dans les dégustations.

Une chose est sûre, cependant. C’est que les cistes (mis à part le ciste cotonneux) affectionnent les terrains acides. Et c’est bien l’originalité de la végétation propre à ces sols-là qui a attiré des légions de botanistes dans les massifs de grès de Boutenac et Fontfroide.

Dès 1783, Pierre-André Pourret, curé narbonnais épris de l’ “aimable science”, avait soumis le projet d’une Histoire générale des cistes à l’Académie des Sciences de Toulouse. La Révolution, qui le poussa à s’exiler en Espagne, ne lui permit pas de terminer cette œuvre pionnière.

En 1861, Edouard Timbal-Lagrave publie une “Etude de quelques cistes de la région de Narbonne”. Un an après, la Société Botanique de France organise une session extraordinaire dans ces parages. Et l’on voit alors quelques dizaines de savants, dont Jules-Emile Planchon, futur héros de la lutte contre le phylloxéra, s’aventurer dans « les Coumbos caoudos ou gorges chaudes, la patrie des grands Cistes », près de l’abbaye de Fontfroide. Hélas, “les cistes sont devenus fagots et ont servi à cuire des briques”. Tout n’est pas perdu : les botanistes font provision de végétaux et, à l’abbaye, raconte Alexandre Maugeret, « le vin de Narbonne est trouvé supérieur à sa réputation et le repas s’achève au milieu de la plus cordiale et de la plus franche gaieté ».

Tous aux Ollieux

Vingt-six ans passent. Le 11 juin 1888, le père Léonce, pharmacien de Fontfroide, accueille une nouvelle délégation de la Société botanique de France, offrant à chacun « une brassée de Cistus nigricans et corbariensis, deux des espèces les plus recherchées et les plus rares ». Cette fois, sous la conduite de Charles Flahault, futur créateur de l’Institut de botanique de Montpellier, et de Gaston Gautier, propriétaire du domaine viticole de Craboules à Narbonne et « infatigable explorateur des Corbières », tous s’en vont herboriser dans la Pinède de Boutenac, au-dessus des Ollieux.

Si le vignoble des Corbières, décimé par le phylloxéra est alors en piteux état, les cistes sont luxuriants. « A peine arrivés sous la futaie de pins maritimes, les premiers pieds de Cistus populifolius (le ciste à feuilles de peuplier) s’offrent à notre admiration »,

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Pierre-André Pourret, né à Narbonne en 1754, a été le pionnier de l’étude des cistes. Exilé en Espagne après la Révolution, il n’a pas pu terminer son Histoire générale des cistes. Jules-Emile Planchon (à droite), héros de la lutte contre le phylloxéra, participa en 1862 à la première session de la Société Botanique de France à Narbonne.

raconte Gautier. Une abondante récolte va suivre ce jour-là, sur les collines, entre les Ollieux et Fontsainte. L’enthousiasme des botanistes provoque un déclic. La SESA (Société d’études scientifiques de l’Aude) voit le jour peu après. C’est l’un de ses membres, Léonce Marty, qui publiera le Catalogue de la flore des Corbières en 1912 en se basant sur les carnets d’herborisation de Gautier, avec unetrentaine de cistes et une longue liste d’hélianthèmes, plantes de la même famille.

Cela va donner des idées à Lucien Sémichon, directeur de la Station œnologique de Narbonne. En 1937, il presse la SESA de plancher sur une Monographie des Corbières en vue d’ « élaborer les statuts définitifs du type ou des divers types de “Vins des Corbières” méritant d’accéder au régime nouveau des vins nobles, possédant une appellation d’origine contrôlée. »

« En un lieu donné, explique l’œnologue, la flore comprend toujours certaines espèces caractéristiques auxquelles les autres font cortège pour constituer, dans le cadre des roches qui les supportent ou qui les entourent, un “Site”. Ces sites sont des petites patries d’associations végétales, dont ces espèces caractéristiques sont en quelque sorte les chefs de file qui en portent les

insignes... »

 

Les insignes du pays

La vigne, poursuit Lucien Sémichon,

« s’inscrit dans la flore locale à l’ombre de ces chefs de file. Avec une charmante plasticité, elle s’adapte merveilleusement aux variations des “sites” et des paysages, et les vins qu’elle donne les rappellent en s’appropriant leurs caractères les plus saillants. Rechercher et connaître ces divers “sites”, regarder comment la vigne vient s’y asseoir, la figure qu’elle y prend, et comment ses vins gardent l’empreinte du paysage où les raisins ont mûri, les “insignes du Pays” s’imprimant dans les “marques du Cru”, ce n’est pas seulement une curiosité pleine d’attraits, c’est une étude pleine d’enseignements ».

L’agronome Jean-Claude Jacquinet, qui a fortement contribué à la délimitation du cru Boutenac dans les années 1980 et gardé un souvenir ému des belles fleurs roses des cistes crispés, partage visiblement l’idée de Sémichon que “la flore apporte à chaque cru son visage et son parfum”. Pour Jean-Claude Jacquinet, “l’abondance des cistes, qu’on ne retrouve pas ailleurs, montre la singularité de ce terroir fortement marqué par la présence du grès, un élément fondamental de la fraîcheur des vins du cru”.

 

 

Légendes illustrations :

1. Le ciste crispé, aux fleurs d’un rose éclatant, très présent dans le Pinada.

A gauche, une illustration d’Enrico Cangini, du groupe botanique de la SESA.

 

Pierre-André Pourret, né à Narbonne en 1754, a été le pionnier de l’étude des cistes. Exilé en Espagne après la Révolution, il n’a pas pu terminer son Histoire générale des cistes.

Jules-Emile Planchon (à droite), héros de la lutte contre le phylloxéra, participa en 1862 à la première session de la Société Botanique de France à Narbonne.


ET ENCORE...

 

S’ils semblent emblématiques du massif du Pinada au printemps, les cistes ne sont pas les seuls végétaux à s’y plaire, certains sur les grès, d’autres sur les veines calcaires. Dans le remarquable Atlas de la flore patrimoniale de l’Aude (Editions Biotope, 2016), la biodiversité des massifs de Boutenac et Fontfroide est jugée moyenne, avec environ onze cents espèces, mais d’une “richesse très forte”, avec 76 espèces classées ZNIEFF (Zones Naturelles d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique) et 59 espèces patrimoniales.

 

Voici quelques spécimens rencontrés lors d’une petite excursion avec Jean-Marc

et Fabienne Reulet pour guides.

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1.Le lin de Narbonne, aux délicates fleurs bleu azur, ne se trouve que sur les sols

calcaires du massif, aux alentours de la Roque Sestière par exemple.

 

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2. La centaurée d’Erythrée, aperçue près de la chapelle de Saint-Siméon.

 

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3. Le pallenis épineux.

 

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4. La jusquiame à fleurs blanches.

“C’est une plante hallucinogène.

On dit que les sorcières en prenaient

pour entrer en transe”.

 

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5.La germandrée tomenteuse. Signe particulier : froissées entre les doigts, ses feuilles exhalent une étonnante odeur de saucisson bien poivré. Les bourgeons du plaintain lancéolé, à quelques pas de là, exprimeront une saveur de champignon; les Reulet le préparent en omelette.

 

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6. La germandrée petit chêne est toxique. Diurétique, elle entrait dans la composition de médicaments amaigrissants, mais elle est désormais interdite.

ROCKROSES AS AN EMBLEM
CAMINS DE BOUTENAC, THE WINEGROWERS’ TRAIL




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